« 18 août 1868 » [source : BnF, Mss, NAF 16389, f. 227], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9333, page consultée le 02 mai 2026.
Bruxelles, 18 août [18]68, mardi matin, 7 h.
Qui me dira, mon pauvre adoré, si tu as passé une bonne nuit et comment tu te portes ce matin ? Personne, puisque personne ne te voita avant le déjeuner et que, d’ailleurs, tu ne te plains jamais. Dans l’ignorance où je suis tous les jours sur ces deux questions qui m’intéressent autant que je t’aime, je tâche de croire que tu es comme mon cœur le désire. Ce matin encore, j’espère que tu as passé une bonne nuit et que ta santé est toujours parfaite. J’espère aussi que Mesdames Hugo1 ont eub toutes les deux une bonne nuit ainsi que petit Georges. Toutes ces espérances accumulées me font l’illusion d’une presque certitude et me donnent le courage et la patience de t’attendre toute la journée derrière mon volet fermé. Je pensais écrire aujourd’hui à mon neveu mais auparavant je veux appeler de nouveau ton attention sur ses capacités qui, peut-être, ne sont pas à la hauteur du travail qu’on doit lui confier2. Peut-être aussi est-ce incompatible avec sa fonction de professeur au collège car la nécessité de se trouver à heure fixe tous les jours à Saint-Louis pourrait peut-être être un obstacle à des occupations qui exigeraient sa présence au journal3 dans le même moment. Enfin, mon adoré bien-aimé, je désire avant toute chose, même avant l’intérêt de mon neveu, que tu sois content et que tu ne regrettesc pas ta protection.
1 Alice Hugo, femme de Charles Hugo, etAdèle Hugo.
2 Dans sa lettre du 31 mai à son neveu, Juliette décline l’aide que Louis Koch, professeur au Lycée Saint-Louis, aurait demandée à Victor Hugo : « Je regrette bien sincèrement de ne pouvoir demander aide et protection pour toi et pour ton travail à mon grand ami. Mais, tant que durera l’exil, son appui, loin de servir ses amis, ne peut que leur nuire. C’est pourquoi il s’abstient de toute intervention qu’il sait d’avance inutile ou nuisible pour eux. » (Lettres familiales, édition de Gérard Pouchain, p. 236). Il se pourrait que Juliette aborde ici ce même sujet.
3 À élucider.
a « personne ne te vois ».
b « Mesdames Hugo ont eues ».
c « tu ne regrette ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Mme Hugo, devenue presque aveugle, meurt à Bruxelles peu après la naissance de son second petit-fils. Depuis quelques mois, Juliette était invitée aux fêtes familiales, et lui faisait la lecture.
- 29 janvierHernani est joué au Royal Theatre de Jersey.
- 31 janvierHernani est joué au Théâtre Royal de Guernesey.
- 14 avrilMort de Georges, petit-fils de Victor Hugo.
- 27 juillet-9 octobreSéjour à Bruxelles.
- 16 aoûtNaissance de Georges, fils d’Alice et Charles Hugo, qui lui donnent le prénom de leur premier-né mort quatre mois plus tôt.
- 27 aoûtMort d’Adèle, femme de Victor Hugo, à Bruxelles. Hugo accompagne son cercueil jusqu’à la frontière.
